Conférence Camille de Toledo et Pierre-Marc Biasi animé par Marie-Odile Germain. Les conférences du Labo, 19 octobre 2011.
Que sont les brouillons devenus ?
Conférence La décision à l’œuvre. MESHS, 11 avril 2011. Avec VIART Dominique, MASSIN Marianne.
L’(in)achèvement du texte : fiction critique et processus génétiques
Conférence Pierre-Marc de Biasi, Bernhild Boie et Nicolas Donin. Le 28 février 2011 (17h à 19h). ENS, 45 rue d'Ulm 75005 Paris. Amphithéâtre Rataud, bâtiment de la Bibliothèque de l'ENS, 1er sous-sol.
La critique génétique : l'auteur
Pierre-Marc de Biasi : Personnalité de l’auteur : absente !

La correspondance est considérée par la critique littéraire comme la voie normale d’explicitation du texte parce qu’elle est le trait d’union entre « l’homme et l’œuvre ». Lire la correspondance serait entrer in médias res dans l’existence réelle de l’auteur, plonger dans la vérité du contexte pour mieux pénétrer le sens de ses fictions.

Pour la génétique, les choses paraissent un peu moins simples. La lettre appartient-elle au même processus d’écriture que celui de la rédaction, est-elle un document de genèse ? En général, non : elle peut témoigner du processus (plus ou moins fidèlement, parfois de façon plus qu’infidèle), mais elle n’en procède pas. Acte de « communication », la lettre est toujours sujette à caution et ne prend son sens que rapportée à son destinataire ; elle peut apporter des informations de première main sur l’écrivain, et devenir décisive pour dater son écriture ou pour interpréter son œuvre, mais à condition d’être corroborée par d’autres documents, notamment ses manuscrits.

Un miroir fidèle de l’auteur, la correspondance ? Comment accréditer la croyance naïve que la correspondance serait l’expression d’une sincérité, la révélation du vécu et des véritables intentions de l’auteur? S’il y a des informations précieuses à trouver dans le « misérable petit tas de secrets » auquel renvoient les choses de la vie, encore faut-il abandonner l’espoir illusoire de les lire à livre ouvert dans les lettres.

Les choses se compliquent encore avec des écrivains qui, comme Flaubert, développent une brillante et foisonnante œuvre épistolaire tout en interdisant d’y voir quoi que ce soit de légitime pour comprendre son écriture (ses manuscrits, son travail d’ « écrivain ») ou son œuvre (les textes qu’il a publiés comme « auteur »), au motif que l’autonomie absolue du geste artistique implique un démenti tout aussi radical de l’autobiographie (« Arrière, guenilles ! »). On ne se prive pas de le faire pour autant, bien sûr, même en génétique : mais cela nous apprend la prudence terminologique.

Conclusion : il est peut-être dangereux de faire de la notion d’« auteur » un concept synthétique qui abriterait à la fois la personne privée, l’homme social et les différentes modalités de ses relations au texte. Appelons « auteur » celui qui publie, « épistolier » celui qui écrit des lettres, « écrivain » celui qui élabore ses textes à travers des manuscrits. Ce triptyque correspond à une réalité éditoriale (les textes, la correspondance, la genèse) même s’il reste pas mal d’autres figures éventuelles à désigner (le « diariste », le « lecteur », le « critique », le « chercheur », le « voyageur », etc.)
Séminaire théorique Séminaire "L’empire de la bêtise II /2010-2011". Le 15 janvier 2011 (10h-13h), ENS Paris, Salle des Actes.
Enquêtes sur la bêtise (les Carnets de Flaubert) 
Composante majeure de l’imaginaire flaubertien, la « bêtise universelle » ne pouvait être absente des Carnets : l’écrivain en fait un véritable thème d’enquête et de réflexion. On en suivra la trace insistante dans les Carnets de travail à travers les projets inédits et scénarios (Ct.19 f°14 : L’Art officiel (…) Bien montrer partout la bêtise de l’impulsion (…) contraire au génie des créateurs), comme dans les maximes où Flaubert cherche à formuler sa vision du monde : «S’il y a quelqu’un de plus bête qu’un idiot, c’est tout le monde » (Ct.19, f°15). Mais on en montrera aussi la présence permanente dans les Carnets de voyage, où la «bêtise» est donnée comme l’une des précieuses et navrantes découvertes que réserve l’expérience de l’ailleurs (au Palais Balbi, en 1845 : Cv.1 «pendant que je regardais la tentation de Breughel il est venu un mr et une dame qui sont partis à peine entrés. Leur mine devant ces toiles était qq chose de très profond comme bêtise. − ils accomplissaient un devoir»). Si la bêtise est pour le romancier une «matière» philosophale indispensable à l’Œuvre, les Carnets sont peut-être le Cabinet de curiosité privé où Flaubert entrepose par provision quelques-unes de ses plus belles récoltes de pépites : toute la crétinerie du monde à l’état pur et natif.
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