Evénement / expo à la galerie UNIVER (Paris) du 14 janvier au 12 mars 2016.
Archives de pierre
La Galerie Univer / Colette Colla présente pour la première fois le travail de Pierre-Marc De Biasi. Avec une cinquantaine d’expositions en musées et en galeries depuis 1977, ses œuvres sont entrées dans une centaine de collections privées ou publiques en France, en Europe, au Japon et aux USA. Depuis 1988, Pierre-Marc de Biasi a réalisé plusieurs sculptures et installations dans le cadre de la commande publique.
Il exposera à la galerie Univer des œuvres récentes de 2015 (dans les séries « Empreintes », « Messages »), ainsi que quelques pièces de ces dernières années sélectionnées parmi les séries « Empire du signe », « Talismans », « Stries » et « Têtes de souffrance ».
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Jeudi 14 janvier 2016 à partir de 18h30
6 cité de l’ameublement - 75011 Paris. Métro Faidherbe-Chaligny
Exposition du 14 janvier au 12 mars 2016. Du mercredi au samedi de 14h à 19 h
mail : uni-ver@orange.fr - tel : + 33 (0) 1 43 67 00 67 - web.galerieuniver.com
Dossier de presse :
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Journée d'étude Mercredi 25 juin 2014, 9h00 / 17h30, Amphi Dürer, École du Louvre, Paris.
Regards croisés sur l’étude et l’esquisse au XIXe siècle
Studio XIX (Paris I - EdL), groupe de recherche en histoire des arts du XIXe siècle, organise une journée d’étude le 25 juin 2014 à l’école du Louvre. Cet événement, à vocation pluridisciplinaire, réunira spécialistes et jeunes chercheurs autour du thème annuel de l’étude et de l’esquisse. Les différents aspects de la génétique de l’œuvre et bientôt de l’œuvre elle-même – la terminologie du processus créatif, le statut de l’esquisse et de l’étude dans l’enseignement des arts, l’évolution des regards et des pratiques artistiques, les problèmes de réception posés par la dialectique du fini et du non-fini au XIXe – seront abordés à l’occasion de cette journée d’étude.
Conclusion générale à 17h sur les apports méthodologiques de la génétique littéraire en histoire de l’art par Pierre-Marc de Biasi (CNRS)
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Radio Jeudi 20 février 2014 à 23h - France Culture - L’Atelier de la création
The night of loveless nights (Robert Desnos – Ernest Pignon-Ernest)
Ernest Pignon-Ernest. Parcours Desnos "Louise Lame", étude 1 (2011)
Par Sophie Nauleau & Nathalie Salles Avec Ernest Pignon-Ernest, André Velter, Hermine Pélissié du Rausas, Pierre-Marc de Biasi, Yvette Ollier, Priscilla Telmon, Belinda Cannone, Olivier Barbarant, Jacques Fraenkel, Marie-Claire Dumas, Gabriel Dufay & les voix de François Briault, Samy Simon, André Verdet, Robert Desnos, Man Ray, Denis Lavant & Laurent Terzieff.

Dans la nuit du 13 au 14 novembre dernier, Ernest Pignon-Ernest a collé par trois fois un dessin érotique plus que grandeur nature, inspiré de ses lectures de La liberté ou l’amour !, dans Paris endormi, de la rue de Mondovi jusqu’à l’entrée du jardin des Tuileries. Ce n’était pas la première fois qu’il s’attaquait aux rêves éveillés de Robert Desnos, mais jamais Éros n’avait été offert ainsi dénudé au secret de la lune et regard des passants.
Au petit matin, de l’image fantasmée d’une Louise Lame en tenue d’Ève chevauchant un homme en costume sombre, tenant ses lunettes à la main, il ne restait plus rien. Les services de la ville ayant tôt fait de nettoyer le jour des songes trop éloquents de la nuit. Peu importe que l’homme singulier en question fut le poète de Corps et biens, mort en déportation à Terezín le 8 juin 1945.
Je ne sais jusqu’où l’amour conduira mes désirs. Ils seront licites puisque passionnés. Avait prévenu Robert Desnos. Et de fait il se chercha toujours des amoureuses à la taille des légendes qu’invente notre esprit. L’une se nomme Yvonne George : elle chante et fait pleurer tout Paris. C’est l’infini toxique. Desnos est à ses pieds. Confie René Daumal. Elle est la femme des Poèmes à la mystérieuse et de « The Night of loveless nights » (que les curieux s’en aillent traquer l’acrostiche par les deux bouts caché sous le poème « Infinitif »). L’autre se fait appeler Youki, un nom japonais de « neige rose » sous une même initiale. Elle est l’épouse du peintre Foujita qui lui tatoua sur la cuisse cette sirène photographiée par Robert Doisneau. On raconte même que Desnos aurait eu droit lui aussi à sa grande ourse et comète tatouées au bras. Le grand amour lui colle à la peau comme cette étoile de mer à cinq branches qu’il garda précieusement dans un bocal, avant que Man Ray ne la filme et qu’Ernest Pignon-Ernest ne la dessine en douce à l’encre sur sa cravate.
Grâce aux micros de la radio, outre les photographies qui témoignent de l’œuvre de l’artiste (exposées jusqu’au printemps à la galerie Lelong), il y a désormais la voix qui garde trace et magie de ce collage clandestin. C’est elle seule que nous avons captée afin de restituer, du désert nocturne de la rue de Rivoli à la place de la Concorde, l’inédit poétique et le souffle réel de cette aventure éphémère.
70 ans, quasi jour pour jour, après l’arrestation par la Gestapo rue Mazarine du poète de Minuit à quatorze heures, voici un hommage à son image : une virée joyeuse, étoilée et sensuelle au cœur de Paris, placée sous le signe du désir infini.
Sophie Nauleau
Evénement / expo A la maison de la poésie, Paris, le 2 décembre 2013
Lancement de la revue IntranQu'îllités #2
Conférence Autour des 30 ans des Cités obscures de Benoît Peeters et François Schuiten. Conférence du 11 avril 2013 BNF, Paris
Le brouillon d'architecte
Evénement / expo Espace Cinko, Paris. Du 15 au 20 décembre 2008.
Anachroniques
NOUVELLES SERIES A DECOUVRIR DANS LA GALERIE
OBJETS BLANCS

A lire à propos de cette série :
Objets blancs : Entretien avec Katell Guillou
TÊTES DE SOUFFRANCE
L’ascendant du titre

C’était une après-midi de juillet, dans mon atelier, à Paris. L’atmosphère était tropicale. J’attendais Tella, une jeune comédienne du Cameroun, pour une séance de photos que j’avais programmée, comme une pause, après une longue journée de travail sur une commande publique pour Marne-la-Vallée, « Pierres d’éclipse ». Je venais juste de terminer la mise en forme de trois plaques de bas-relief et j’avais coulé du béton spécial polyphosphate dans trois nouveaux moules, pour la suite du travail. Une fois la coulée terminée, il me restait un petit fond de mélange prêt à être utilisé, un ou deux litres peut-être. Dommage de les jeter. C’était un produit très sophistiqué, difficile à préparer, avec des composants assez rares… J’essaie à tout hasard de voir ce que donnerait une manipulation de cette matière à plat, sans moule. Avec une spatule, je l’étale sur un film plastique en imaginant un visage de face, en diagonale, un peu torturé : le petit amas de béton prend l’allure d’une face de Pierrot triste et grimaçant.

Par jeu, j’aggrave la physionomie, la matière réagit bien en enregistrant sagement chaque décision ; pour finir, je lui fiche deux plumes de colombe blanche sur le haut du crâne comme un Sioux ; je creuse les orbites en enfonçant le pouce dans la matière... Le faciès, penché, exprime une sorte d’effroi retenu ou de mélancolie. Que faire de ce portrait inquiétant sans corps ni attache ? Dans l’épaisseur du béton, j’introduis l’extrémité d’une tige : une baguette de bambou de quarante centimètres. Cela pourrait former un cou, ou une silhouette filiforme, ou quelque chose au bout de quoi la tête serait dressée et brandie comme celle des guillotinés de la Terreur ? Je pense à Sade. Finalement non : cette tige un peu flexible ne serait pas une pique, mais le symbole d’un rattachement, d’une domiciliation : il faudrait fixer l’autre extrémité de la tige à un socle un peu cubique, plus lourd que la tête, et qui la relierait au sol. Je me dis que le cube-socle pourrait avoir la forme d’une maison ? Mais alors, il faudrait que la figure soit biface ?

Perplexe, j’en étais là dans ma réflexion, quand on frappe à la porte. C’était Tella, la petite princesse noire qui venait poser pour moi. Elle regarde la sculpture plate en béton et elle dit : « Ah ? Tiens ! Tu fais des têtes de souffrance ? » Moi : « C’est quoi une tête de souffrance ? » Elle : « Ben… c’est ce qui est sur ta table ! Au Bénin on fait des têtes comme ça, pour les gens. » Moi : « Et à quoi ça sert les têtes de souffrance ? » Elle : « Ça absorbe les malheurs. Ça sert à dévier les maléfices. La tête, si tu veux, c’est ton double : elle souffre pour toi, enfin… pour la personne qui la possède. Le sorcier la fait sur mesure. Mais si tu veux en savoir plus, demande à ma sœur : elle, elle sait tout sur les têtes de souffrance du Bénin » Elle riait. Je n’avais aucune raison de douter de ce qu’elle me disait. L’énigme était donc résolue et la question tranchée : ce que j’avais fabriqué, à mon insu, c’était « une tête de souffrance ».

Les paroles de Tella m’ont fait l’effet d’une injonction. D’avoir été immédiatement reconnu et identifié par ce nom mystérieux venu d’Afrique transformait, pour moi, cet essai contingent en une sorte de prototype. J’avais une forme à explorer et à décliner par la mise en œuvre d’un protocole technique à peu près défini : en arts plastiques, c’est ce qu’on appelle un projet de série. La série « Têtes de souffrance », qui n’est pas close, compte aujourd’hui plus de cinquante pièces et a donné lieu, en 2008, à une performance que j’ai réalisée, naturellement, avec Tella, « mère de toutes les têtes ». Voilà donc un cas, un peu exceptionnel mais significatif, où le processus d’intitulation s’est traduit par la transformation de ce qui n’était qu’une expérimentation en l’émergence d’un modèle initial sur lequel pouvait s’imaginer une véritable série : le titre a été « donné » de l’extérieur, mais son ascendant a été assez fort pour que la formulation joue le rôle d’un «révélateur ».

Voir la vidéo du lancement de la revue IntranQu'îllités #2 à la maison de la poésie (Paris 2 déc 2013)
STRIES
La logique du souffle

C’est au retour de mon deuxième voyage à Nara (Japon), en 2002, que j’ai commencé à travailler aux premiers éléments d’une vaste série d’œuvres non figuratives intitulées « Stries », au sens propre de «sillons» (stria, striura). Le principe formel de cette série repose sur quatre présupposés : une forme carrée de modeste dimension, une matière minérale à prise rapide, le monochrome, un geste qui laboure la matière en lui imprimant horizontalement un réseau serré de sillons parallèles.

Un support carré de bois (45 x 45 cm), cerclé de plomb et préparé avec une puissante résine d’accroche, est recouvert à la truelle d’une couche de matière minérale fluide naturellement colorée dans la masse par ses composants : généralement un mortier dense de sable blanc très fin (Fontainebleau) et de ciment (brun, gris ou blanc) ou de ciment colle spécial. Lorsque ce mortier commence à entrer en prise, il s’agit, en un seul geste, de griffer, d’un bord à l’autre, toute la surface de la pièce, à l’aide d’un long peigne à dents d’acier spécialement confectionné pour ce travail. La surface et l’épaisseur de la matière sont plus ou moins profondément marquées, selon l’empâtement de la zone, le moment de la prise et la pression appliquée à l’instrument. Les deux mains sont nécessaires pour réaliser ces striures, parallèlement aux deux côtés haut et bas du carré.

Ce geste ne tolère aucune reprise et doit être réalisé d’un seul mouvement ; il est associé à une unité de souffle, à une seule inspiration-expiration, mais dans laquelle je peux introduire des séquences d’énergie et de pression variables, des accidents de parcours, des pauses, des lenteurs, des accélérations. Selon la consistance, la viscosité ou la densité du mortier les sillons seront plus ou moins continus, profonds, vallonnés, accidentés. Ce qui s’y inscrit, c’est le flux de ce ductus linéaire de quelques secondes, le trajet autographe d’un tracé émotionnel à travers la matière.

Après séchage, la surface de matière striée est légèrement polie. L’aspect monochrome définitif de chaque pièce résulte de la coloration initiale du mortier, ou d’une coloration finale réalisée avec des pigments, de l’encre ou de la cire. Les valeurs monochromes des pièces varient du noir au blanc en passant par une gamme très étendue de gris, beige, brun et terre. Cette série «Stries» repose sur l’idée de la trace dans un esprit minimaliste proche des matières et des espaces spiritualisés – comme les sillons des jardins zen - que l’on rencontre dans l’esthétique traditionnelle japonaise.

Quoique liées directement à une expérience physique, ces surfaces striées, impersonnelles, ne désignent que leur propre inscription. Propres à se métamorphoser avec les lumières qui creusent ou abolissent les ombres des sillons et les accidents de la matière, les surfaces à légers reliefs sont aussi des profondeurs qui peuvent évoquer, comme les pierres de rêve, des paysages minéraux, des vestiges de tracés, des architectures en ruines ou simplement valoir comme des métaphores abstraites de l’étendue et du temps.